The Small Issue

Faut-il avoir peur de donner du lait à ses enfants ?

29 mai 2017 Food

Entre les adeptes du grand bol de lait frais chaque matin au petit déj’ et ceux qui accusent le lait de vache de tous les maux de leur progéniture, la guerre fait rage. Une polémique alimentaire très sensible qui divise, d’autant plus que la toile regorge d’articles aussi engagés que contradictoires Car si une hypothétique carence en calcium ne nous fait pas assez peur pour tester le très en vogue régime sans-lactose, pas question de prendre le moindre risque pour la chair de notre chair !

Les besoins calciques

Depuis 1980 (naissance des apports nutritionnels conseillés), le lait et ses dérivés sont portés aux nues par les autorités sanitaires qui le disent indispensable à la croissance et à la solidité des os grâce au calcium qu’il apporte, pour lequel les recommandations nutritionnelles françaises sont élevées :

– 500 mg chez le nourrisson,
– 700 mg chez l’enfant de 4 à 6 ans
– 900 mg chez l’enfant de 7 à 9 ans
– 1200 mg jusqu’à 19 ans.

Mais les anti s’animent depuis quelques années en soulevant des incohérences et en dénonçant les enjeux économiques (au détriment des enjeux sanitaires) qui poussent les lobbies du lait à étouffer les études et vendre les bienfaits du lait à tous prix.

Qui trouve-t-on dans chaque camp ?

Côté anti, les plus connus sont les Professeurs Joyeux et Seignalet, qui incriminent le lait dans l’apparition de maladies auto-immunes, d’asthme, d’allergie et également de cancer, et dénoncent le paradoxe du calcium (il y aurait davantage de fractures dans les pays consommateurs de lait).

Coté pro, on trouve les organismes de santé publique français (ANSES) le Ministère de la santé, l’institut de veille sanitaire et le conservatoire national des Arts et métiers qui dénoncent « Cette idée fausse véhiculée par quelques gourous pseudo scientifiques » et rappellent l’importance capitale des produits laitiers dans l’alimentation, des enfants en particulier.

Devons-nous donc nous résoudre à choisir pour nos bambins entre maladies et cancers ou déséquilibre alimentaire et carences (en somme la peste ou le choléra) ? Non heureusement.
Décryptage :

De quoi le lait est accusé ?

  • D’augmenter le risque de diabète

Une étude a ainsi été menée en Finlande (FINIDIA) a mis en relation l’introduction précoce du lait chez les enfants et le diabète de type 1.

Ce seraient en fait les laits maternisés (faits à partir de protéines de lait de vache) qui seraient incriminés.
En résumé : les bébés non-allaités seraient plus sujet au diabète de type 1. Peut-on en conclure pour autant que les protéines de lait de vache augmentent les risques de diabète de type 1, ou serait-ce l’allaitement maternel qui aurait un effet protecteur ?

Difficile à dire, mais quoiqu’il arrive, les professionnels de santé ne recommandent pas pour autant des laits 1er âge faits à partir de laits végétaux pour des bébés non allergiques.

  • D’augmenter les risques de cancers

C’est le point essentiel mis en avant par les détracteurs du lait qui se basent sur des études mettant en corrélation la consommation importante de lait et la prévalence de plusieurs cancers. Sauf que parallèlement à ces études, d’autres montrent l’absence de corrélation entre les deux facteurs.
Le rapport du Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer affirme qu’ « Il n’y a pas de données concluantes démontrant que les produits laitiers augmentent le risque de cancer de la prostate ou de l’ovaire ».

  • D’être réservé aux veaux

C’est l’argument principal de nombreux vegans virulents qui partent du principe que le lait de la vache est fait pour la croissance du veau (45 kg à la naissance, soit 15 fois plus qu’un bébé humain) et qu’il ne peut donc conduire qu’à une suralimentation du bébé et être à l’origine de surpoids, obésité et aux problèmes de santé qui en découlent.
Certes, sauf que personne ne donne du lait de vache aux nourrissons : les laits 1er âge, 2è âge ont des compositions extrêmement réglementées, calquées sur le lait maternel et extrêmement éloignées du lait de vache.
Le lait de croissance quant à lui, est fait à partir lait de vache, mais son équilibre est adapté pour couvrir les besoins de l’enfant jusqu’à 3 ans (moins de protéines, plus de fer et d’acides gras essentiels).
Leur second argument choc : dans le règne animal, aucune autre espèce ne consomme le lait d’un autre animal. C’est vrai, mais devons-nous vraiment faire la liste de ce que nous sommes la seule espèce à faire différemment des autres ? Aucun animal ne se fait non plus cuire des légumes (si ?).

  • D’augmenter les risques de fractures

Les résultats d’une étude montrent en effet que le lait consommé en grande quantité (plus de 3 verres par jour) augmenterait les risques de fractures. Mais à l’inverse les yaourts et le fromage seraient protecteurs.

Cependant, le Pr Fardelone (chef de service au CHU d’amiens) nuance Il faut prendre ces études avec beaucoup de prudence, ce sont des études observationnelles qui ne montrent qu’une association statistique entre la consommation d’un aliment et un risque augmenté de pathologie.

Conclusions

Tout d’abord : Halte à la psychose et attention aux bannissements précipités de groupe d’aliment, surtout chez les petits. Même s’il existe des enjeux économiques évidents, il semble assez clair que depuis quelques années, le lait souffre d’une mauvaise réputation finalement peu justifiée. Les besoins calciques de nos enfants doivent idéalement être respectés, et c’est beaucoup plus facile avec des produits laitiers quotidiens (2 à 4 selon les âges).

Le lait non transformé semble être à la fois le moins bien toléré et le plus pointé du doigt, si vous avez le moindre doute vous pouvez tout à fait le limiter voire le supprimer.

Il est alors facile de le remplacer par ses dérivés.

Le marché des produits laitiers est tellement diversifié pour les enfants qu’il est difficile de ne pas trouver leur bonheur : des laitages aromatisés aux fromages en passant par les crèmes desserts (non, pas les kinders !).
Enfin, pour les enfants qui boudent la plupart de ces produits laitiers ou pour les parents vraiment inquiets qui souhaitent les limiter, il existe diverses façons de compléter les apports calciques : laits végétaux enrichis en calcium (à partir de 4 ans seulement !), eaux calciques (Contrex, Hépar), oléagineux (amandes, noisettes), légumineuses (lentilles, pois cassés…), choux et dérivés, agrumes …
N’oubliez pas que c’est en diversifiant le plus possible l’alimentation de vos enfants que vous limiterez au mieux les risques de carences et que vous les ouvrirez à la grande variété des goûts et des saveurs !

Un article de Lise, diététicienne et auteure des Frites vertes.

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